Toutes ces nuits,

Je garde la mémoire de quelques vents du soir,

de ceux-là qui hésitent entre automne et hiver

parmi les ombres douces poivrées de vétiver.

Je garde la mémoire de quelque nuit d’ivoire

aux soieries retroussées d’où telle fantasmagorie

de farouche entité s’enfle du souffle des collines.

Je garde en la mémoire toute nuitée persane

aux rondes magiciennes où clochers et cyprès à la robe

alezane le poing brandi au ciel hennissent des jurons

Mais le regard de pluie de ces nuits anthracite

des nuits trans-épiderme des nuits à fleur de peau

dont le lavis d’étoiles se meurt dans un halo

qu’endeuille une nue de poussier d’où même

la lumière insolite et soufrée fait que la lune

hésite à encorner le vide

ces nuits-là qui pourra jamais les effacer de nos mémoires

Poème publié dans la revue « Présence africaine » (N° 154-1990) et dédié à LS Senghor

et dans L'Echo des nuits, Editinter, 2007.