JEANNINE DION-GUÉRIN

LE SABLIER DES MÉTAMORPHOSES -


EDITINTER

Sablierpagecouv

Relisant un courrier de Jeannine, daté de fin février de l’année dernière, je relis cet extrait de
son Sablier des Métamorphoses qui lui donnait quelques soucis :

« C’est à la nacelle duveteuse des graminées que j’effectue mes plus beaux voyages. Elles m’offrent l’indolence, je leur consens l’imaginaire. Arrimée à leur duvet, humble je me blottis, bien décidée à m’embarquer là où mon insouciance rejoint leur liberté. »

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Sablier, symbole du temps qui passe – qui s’écoule plus ou moins vite – interminablement, irrémédiablement. Métamorphoses, pour indiquer les changements qui interviennent tout aussi impérativement, dont on se réjouit ou dont on se lamente. Mais Jeannine Dion-Guérin, loin de se lamenter nous propose un véritable hymne à la vie, qu’il faut savoir appréhender dans ses plus petites, ses plus in-signifiantes (pour celui qui n’observe pas) manifestations. Ses plus humbles, ai-je envie de dire, mais aussi les plus nobles, les plus gratifiantes du fait de cette osmose qui nous met en communion (en communication) avec les êtres et les choses, avec tout l’univers dont « nous sommes les poussières », pour reprendre un mot d’Hubert Reeves, l’astrophysicien. La contemplation, la méditation , voilà l’important pour le poète, mais aussi pour tout homme qui ne veut pas se laisser enfermer dans la spirale de l’aveuglement. Hymne de l’incertain, de l’inconstant, du fugace éternel, hymne à la vie bien sûr, à cette vie qui nous échappe bien souvent, qui échappe à ceux atteints de fébrilité, à ceux qui pensent se « dépasser » dans l’action et qui se dépassent véritablement, hors d’eux qu’ils sont, à force de se projeter en avant.

Tout homme, à un moment ou l’autre de son existence, est en quête de soi, la plus importante, certes, mais celle-ci ne doit pas nous faire oublier le reste. Ce reste fait de petits riens qui sont émerveillement : « Combien d’embûches encore à niveler au long de cette traversée qui mène de nous à l’inconnu de nous-même. »

« Palper la matière, effleurer le vivant, sentir sous la paume l’émotion d’une peau, sa douceur, sa moiteur… identifier les épices exotiques de nos propres exhalaisons pour mieux stimuler la mémoire des parfums d’enfance. Autant de subtiles jouissances à se réinventer. »

Jeannine Dion-Guérin a ressenti, tout comme Marcel Proust, l’importance du temps retrouvé ; tout comme Jankélévitch, elle sait que la seconde passée n’est déjà plus et que celle à venir n’est pas encore, et qu’entre les deux, il n’y a que le moment présent : de cela, elle a fait sa bible, son credo. Parce que, et c’est l’essentiel d’en profiter : « Tout doit s’éteindre de ce qui porte vie ». A partir de là, le bonheur, le vrai, celui qui n’est que prise de conscience de l’éternel, est à notre portée. « Avec toi cigale, je fêterai l’offrande sirupeuse de l’arbre prodigue, gorgé de la résine des mots. Dans la joie, je me déferai d’un superflu charnel, afin d’emprunter cette impudence incertaine d’une seconde chance de vie. »

« la résine des mots » : la fonction poétique n’est pas abandonnée pour autant. Parce que l’écriture est nécessaire. Elle est miroir où le poète s’observe. Elle est combat constant contre soi-même : et quel triomphe lorsque : « La page vierge a consenti à la caresse. La source s’est offerte, la ligne ouverte s’est noircie. »

Un livre essentiel, à savourer à petit feu, à petites gorgées, à méditer surtout, lorsqu’on est à la recherche d’un
art de vivre. »

(février 2005. Reproduit avec l’aimable autorisation de Jeannine Dion-Guérin.)