Le saule pleureur

 

 

Elle me parle de l’écorce

 

rugueuse

 

du saule pleureur.

 

 

Elle me dit ses bras 

 

qui entourent le tronc

 

et le feuillage caressant

 

qui les dissimule.

 

 

Elle ne me dit pas

 

l’écorce « comme »

 

comme le corps d’un homme.

 

 

Elle ne le dit pas mais

l'arbre l'a compris

 

***

 

 

« Poussière d’étoiles »

 

 

 

Aux pieds des marronniers

austères et indigo

s’égrènent sur le gravier

les pas des badauds.

 

 

 

 

 

 

C’est un matin ordinaire

tout au plus il fait beau ;

la saison se veut printanière,

s’en réjouissent les moineaux.

 

 

 

 

 

 

Le ciel est sans nuage,

dorment les étoiles ;

le jour est à son avantage,

il pose devant sa propre toile.

 

 

 

 

 

 

Sous les marronniers indigo,

c’est un matin solitaire

tout encombré de ma peau,

j'ai mal à l'Univers.

***

Musique

La vague inhospitalière ratisse les galets.

Musique : raclement. L’orchestre joue à cache-cache.

Succion du rivage ; la falaise s’arc boute,

La vague revient. Danaïdes, à votre tonneau !

 

 

Les galets se résignent comme un peuple torturé

Tire ses chaînes sur le gravier de l’exil :

Avancer, revenir ; ballotté, impuissant.

La vague galonnée fière de sa fourragère d’écume.

 

 

Fourrager, comme fouiller ; la Terre est un ventre,

L’Homme la maturation de ses pierres,

Le galet, l’esclave sur le chemin du partir.

Musique : grondement. Le récif dresse ses barricades.

 

 

La mer se veut soldat mais la vague s’essouffle.

À la force du vouloir s’usent la chaîne et le boulet.

Musique : cliquetis : montent les chants des obstinés.

Les hommes s’en reviennent. Sans cesse recommencer !

 

***

 

Quelle certitude

 

 

Quelle certitude a-t-on

que la mouette n’emporte pas

les notes de musique ?

Et comment savoir

si cet oiseau n’est pas l’enfant

d’un ourlement de vague

ou celui de la risée d’un océan ?

 

Le musicien face au vent

est devenu invisible ;

l’oiseau traverse l’horizon,

gris-menaçant :

Tout s’explique ;

tout a une cause première,

une raison d’être ;

sauf quelquefois le hasard

quand il vient chambouler l’instant.

 

 

 


Poèmes aimablement communiqués par
Philippe Deniard. Avec tous nos remerciements.