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Paris le 19 Juin 2010.

Remise des Prix du Cénacle Européen Francophone des Arts & des Lettres.

Allocution de l’Ambassadeur honoraire Monsieur Henri Senghor.

Monsieur le Président

Mesdames, Messieurs, chers amis,

Nous voici réunis, aujourd’hui, pour la remise des Prix Européens de votre Cénacle. Et c’est pour moi un réel plaisir, comme président d’honneur de l’association, de remettre le Prix Léopold Sédar Senghor de poésie pour l’année 2010 à Madame Jeannine Dion-Guérin, dont le jury a reconnu les mérites.

Sans avoir eu la joie de la connaître avant cet après midi, j’ai sincèrement été touché par la grosse bise … à mon arrivée, la qualité et l’élégance de sa poésie qui célèbre avec ferveur toute la chaleur émotionnelle de la vie sous ses formes les plus diverses, l’amour et l’espérance. Pour elle, être poète, c’est non seulement écrire mais également s’engager par son action à faire vivre la poésie, car celle-ci aurait pour mission de changer le regard du poète sur le monde, comme aussi le regard du monde sur le poète. 

Je sais par mon ami Charles Carrère, coordonnateur du « Congrès mondial des poètes » dont mon oncle et parrain, Léopold Sédar Senghor, était le Président, qu’elle a été, dés le début, un membre actif.

C’est en 1984 que s’est présentée l’occasion pour cette figure attachante et sensible de rencontrer au congrès de poésie de Marrakech « ce chevalier fervent de la francophonie » dont « témoigne t-elle » le message d’ouverture à plus d’humanisme et fraternelle espérance, l’avait totalement conquise.

Elle se trouvera désormais à ses côtés avec nombre d’écrivains de grand renom. Il s’agit de, Jorge Borges, intellectuel argentin qui se situe en marge de ses compatriotes par l’originalité et la sobriété de son style, son mépris des systèmes littéraires et son refus de toute obédience politique ou idéologique.

André Chouraqui, écrivain, poète, traducteur de textes sacrés et pèlerin de la Paix, dont j’ai eu la chance de faire la connaissance pour la première fois, à l’occasion d’une manifestation culturelle que présidait Senghor dans la cité de Florence qui venait précisément d’être choisie comme la Capitale européenne de la Culture.

Octavio Paz, poète et essayiste mexicain qui entretenait d’étroits liens d’amitié avec les surréalistes. De sang indien, il était marqué par une tradition qui oppose deux cultures : aztèque et hispanique.

Mario Luzi, écrivain italien qu’il m’est arrivé de rencontrer dans des manifestations culturelles qui se déroulaient en Italie où j’étais accrédité comme Ambassadeur du Sénégal, un homme dont l’œuvre est considérée aujourd’hui comme l’une des plus importantes de la poésie italienne du XXème siècle et de bien d’autres encore pour « célébrer le chemin du verbe, la parole qui nourrit l’être : le don du souffle dans les alliances plurielles », comme s’exprime dans cette envolée poétique que je viens de citer notre plus que frère Charles Carrère.

Madame Dion-Guérin a bien connu Senghor qu’elle admirait profondément pour sa vision du réel et sa conception de la poésie qu’il considérait comme une activité majeure de l’homme. Et de poursuivre, je le cite « Elle est la vie de notre vie sans quoi celle-ci ne serait pas la vie » Le poème affirmant encore ce chantre de la négritude «  n’est accompli que s’il se fait parole et musique à la fois… » C’est avec ça qu’elle correspondait, animant de temps à autre des émissions radiophoniques et disait ses poèmes (les poèmes de Senghor), faisant accompagner les textes du poète de la musique de cet instrument africain à codes pincées composé d’un long manche et d’une calebasse tendue d’une peau, j’ai nommé la Kôra dont jouait admirablement le griot sénégalais Lomine Kouyate. Comment ne pas évoquer aussi d’autres initiatives notamment son spectacle vidéo sur le poème de Senghor « New-York » avec les classes de terminales et première du lycée Notre-Dame de Pontoise. 

J’aimerais, si vous le permettez, revenir brièvement sur sa rencontre avec Senghor, lors de ce congrès de Marrakech auquel j’ai déjà fait allusion. Senghor venait de perdre son fils Philippe Maguilène, dans un tragique accident de la route à Dakar.

Poète et femme, c’est plutôt le père en deuil qu’elle approcha.

Mais le temps passe et je dois m’arrêter.

Je n’ai que trop abusé de votre patience.

Madame, c’est pour moi un réel plaisir et un insigne honneur de vous féliciter du fond du cœur pour votre distinction qu’il m’incombe de vous remettre avant de céder la parole à mon inséparable et fidèle ami, Charles Carrère, pour la lecture d’un de vos poèmes.

Merci à tous de votre aimable attention.

Henri Senghor.

Ambassadeur honoraire.