Le 20 mai [2014]

Bonjour Jeannine

J’ai profité d’une nuit écourtée pour écouter ton recueil.

Dehors, les nuages s’en vont, leur travail achevé, leur pluie déversée, leur colère oubliée ; je regrette le sommeil volé et j’écoute.

C’est certainement la meilleure des heures, encore un peu de nuit, elle est tellement présente dans ton ouvrage.

Je te vois lisant tes mots, marquant avec application les silences que ta main a dessinés sur le papier, de blanc en blanc, refusant la ponctuation, faisant confiance au vide, presque tout le temps.

Les mots et la musique apaisent, ils me bercent, me conduisent vers le jour.

Des hirondelles s’appliquent à nettoyer l’espace ; seules les branches d’un grand sapin tremblent encore.

J’écoute tes mots de pierres en ciels, et d’hommes, en peaux.

Il me semble entrevoir une vibration, à cause de la musique, certainement.

Tu as mobilisé tous tes sens pour confectionner cet ensemble : ils ont répondu « présent ».

Ta voix dont on reconnaît les pouvoirs me susurre à l’oreille ; j’ai entendu « chanter » la source !

L’œil se plonge dans les toiles (ah ! il a bien de la chance ton ami d’outre-mer !)

Pour l’odeur, le toucher, le goût, il faut s’en remettre à tes mots ; sentir parler les pierres, se laisser guider « insoucieux de tous les équipages »,

Merci à toi pour ce bel ensemble, merci au musicien et merci d’un signe de la main au peintre qui certainement là-haut dans la nuit qui n’en finit pas, se réjouit de la compagnie de tes mots.

 

Je t’embrasse.

 

Philippe